SEQUENCE 3 : Le livre
juillet 27, 2008
La bouche en cœur, Lila médite devant les vitrines des boutiques. Frustrée par l’état de ses maigres économies, un appétit d’achat titille ses terminaisons nerveuses. En attendant des jours meilleurs, elle modère sa frénésie en consignant dans un carnet les objets de ses désirs aliénés. Elle frétille à côté de sa mère qui ne s’émeut pas devant les magasins. « Si maman n’avait pas ce gros ventre à cacher, elle serait plus dépensière » soupire t-elle. Lila forcée de régler son pas sur celui de sa mère, se contente d’adopter la marche à suivre. Mais cède pleinement à son imaginaire, le plaisir de vagabonder vers un monde féerique. Orlanne est alors transformée. Oeil de biche taille de guêpe, elle est sanglée dans de fastueuses toilettes et lègue l’art de se vêtir à son adorable et sémillante jouvencelle. Elles partagent ensemble des instants uniques, de longs moments d’intimité filiale dans un boudoir importé directement du 19e siècle. Et soudain, de légères notes musicales s’élèvent. Transparentes, elles sont presque étouffées. Leur apparition timide se fait dans une discrétion candide. Mais le pas cadencé de Lila, hausse la tonalité qui s’affirme à chaque mouvement. Elles s’accordent sur le rythme de l’enfant avec délicatesse et grâce. Lila oscille, prend un air ingénu et avance hypnotisée avec aplomb, guidée par les basses. Elle et sa mère se retrouvent au cœur d’un bal. Leurs robes ondulent et virevoltent suivant l’humeur de la cadence. Elles enchantent la salle de réception de leur présence magnétique. Les regards se dérobent, ou supplient à leur passage. Elles se tiennent la main, puis se lâchent pour tourner sur elles-mêmes. Lorsqu’elles relèvent la tête, elles se retrouvent en train de courir dans un champ de tournesols, de tulipes, de coquelicots, et de jacinthes. Lila agite les bras afin de saluer le ciel, sa mère embrasse la terre. Elles continuent à valser dans le pré jusqu’à ce que deux licornes au galop, se posent et s’abaissent devant elles. Elles montent prestement et chevauchent à travers champs. Sa mère la couve des yeux tendrement en lui chantant des « je t’aime ». Lila tend la main vers elle…
– T’as fini de baver ? Ferme ta bouche, on dirait une mongole quand tu marches !
L’animal se cabre, Lila chute.
– Aie aie aie!!! hurle t-elle.
– Ben voilà… si t’écoutais ta mère, tu te serais pas pris le poteau ! S’exclame Orlanne blasée.
(…)